Refus de nationalité française par mariage : motifs, opposition du Gouvernement et recours en 2026
Par Thomas Lemaire et Mélannie Brunnet, relu par Victore Delsimplet Mis à jour le 19 min de lecture
Sommaire
Recevoir une lettre recommandée qui refuse d’enregistrer votre déclaration, ou apprendre que le Gouvernement envisage de s’opposer à votre acquisition de la nationalité, est un choc. Beaucoup de lecteurs arrivent ici après avoir tapé « naturalisation par mariage refus » dans un moteur de recherche, souvent avec une décision à la main et des délais qui courent. Cette page vous aide à comprendre ce que vous avez reçu, à identifier le bon recours et à savoir si une nouvelle déclaration reste possible. Elle complète le guide complet de la nationalité française par mariage.
Un rappel de vocabulaire d’abord. L’expression courante est « naturalisation par mariage », mais le terme juridique est « déclaration de nationalité française à raison du mariage », prévue par l’article 21-2 du Code civil. Ce n’est pas une naturalisation par décret. La différence compte beaucoup pour les refus : l’administration doit enregistrer votre déclaration si les conditions sont réunies, et les décisions négatives sont strictement encadrées par la loi, avec des juges et des délais différents de ceux de la naturalisation.
En 2026, trois éléments ont changé le paysage des refus de naturalisation par mariage. Depuis le 1er janvier 2026, le niveau de français exigé est le B2 à l’oral et à l’écrit, prouvé uniquement par les documents de la liste fixée par l’arrêté du 22 décembre 2025 : un justificatif hors liste devient un motif de refus d’enregistrement. Depuis le 1er mai 2026, le timbre fiscal est de 255 euros, ce qui rend un second dossier plus coûteux. Enfin, le Conseil d’État a rappelé le 29 mai 2026 que l’opposition du Gouvernement doit reposer sur des éléments précis, en annulant un décret pris sans preuve suffisante d’un rejet des principes de la République.
Réponse directe : trois décisions négatives existent pour une déclaration par mariage. Le refus d’enregistrement, motivé, se conteste devant le tribunal judiciaire dans les 6 mois (article 26-3 du Code civil). L’opposition du Gouvernement est un décret en Conseil d’État pris dans les 2 ans suivant le récépissé, pour indignité ou défaut d’assimilation autre que linguistique (article 21-4), contestable devant le Conseil d’État dans les 2 mois. La contestation de l’enregistrement par le procureur intervient dans les 2 ans de l’enregistrement, ou de la découverte d’une fraude ou d’un mensonge (article 26-4). L’ajournement et le recours administratif préalable n’existent pas pour la déclaration par mariage.
1. Trois décisions négatives possibles, trois régimes différents
Une décision négative, en matière de déclaration par mariage, est une décision de l’administration ou du juge qui empêche ou annule l’acquisition de la nationalité française. Elle ne se présume jamais : elle est écrite, motivée et notifiée. Avant toute chose, identifiez laquelle des trois vous concerne, car le juge, le délai et les arguments ne sont pas les mêmes.
Le refus d’enregistrement est la décision la plus fréquente. Le ministre chargé des naturalisations refuse d’enregistrer une déclaration qui ne remplit pas une condition de la loi. La décision est motivée et vous est notifiée par lettre recommandée ; vous avez six mois pour la contester devant le tribunal judiciaire. Elle doit intervenir dans l’année qui suit le récépissé remis à la fin de l’entretien.
L’opposition du Gouvernement est rare mais redoutée. Même si toutes les conditions sont remplies, le Gouvernement peut s’opposer à l’acquisition par un décret pris en Conseil d’État, dans les deux ans suivant le récépissé, pour indignité ou pour défaut d’assimilation autre que linguistique. La personne est alors réputée n’avoir jamais acquis la nationalité française.
La contestation pour fraude intervient après l’enregistrement. Le procureur de la République peut demander au tribunal judiciaire l’annulation de l’enregistrement dans les deux ans de celui-ci si les conditions n’étaient pas remplies, ou dans les deux ans de la découverte d’un mensonge ou d’une fraude. La cessation de la vie commune dans les douze mois qui suivent l’enregistrement fait présumer la fraude.
À ces trois décisions s’ajoute, en amont, le classement sans suite d’un dossier incomplet, après une mise en demeure restée sans réponse. Ce n’est pas un refus sur le fond, mais il arrête la procédure. Pour savoir comment chacune de ces décisions vous parvient, lisez comment la décision vous est notifiée.
| Décision | Qui décide | Délai pour l’administration | Motifs | Recours | Délai pour vous |
|---|---|---|---|---|---|
| Classement sans suite (article 15 du décret 93-1362) | La plateforme ou le consulat | Après une mise en demeure de produire les pièces, restée sans réponse dans le délai fixé | Dossier incomplet | Tribunal judiciaire ; nouvelle déclaration possible | 6 mois |
| Refus d’enregistrement (article 26-3) | Le ministre chargé des naturalisations, après avis motivé de la plateforme ou du consulat | 1 an à compter du récépissé (2 ans si une opposition est engagée) | Une condition légale de l’article 21-2 ou 21-27 manque | Tribunal judiciaire du lieu de résidence, avocat obligatoire | 6 mois à compter de la notification |
| Opposition du Gouvernement (article 21-4) | Le Gouvernement, par décret en Conseil d’État | 2 ans à compter du récépissé, ou de la décision de justice admettant la déclaration | Indignité ou défaut d’assimilation autre que linguistique | Recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État, avocat obligatoire | 2 mois à compter de la notification |
| Contestation pour fraude (article 26-4) | Le procureur de la République devant le tribunal judiciaire | 2 ans à compter de l’enregistrement, ou de la découverte du mensonge ou de la fraude | Conditions non remplies, mensonge ou fraude ; présomption si la vie commune cesse dans les 12 mois | Défense devant le tribunal judiciaire, preuve contraire par tous moyens | Délais fixés par l’assignation |
Source officielle : le refus d’enregistrement, son délai d’un an et la contestation « durant un délai de six mois » devant le tribunal judiciaire figurent à l’article 26-3 du Code civil. L’opposition par décret en Conseil d’État dans le « délai de deux ans » est prévue à l’article 21-4.
2. Le refus d’enregistrement : les motifs
Un motif de refus d’enregistrement est une condition de la loi que l’administration estime non remplie à la date de souscription de votre déclaration. La liste n’est pas laissée à l’appréciation de l’agent : elle découle des articles 21-2 et 21-27 du Code civil et de l’article 14-1 du décret 93-1362. Voici les motifs de refus de nationalité française par mariage les plus fréquents, avec, pour chacun, la parade. Pour la liste complète des conditions, consultez les conditions de la nationalité française par mariage.
Durée de mariage insuffisante
La déclaration suppose quatre ans de mariage, ou cinq ans si vous ne justifiez pas de trois ans de résidence régulière et ininterrompue en France depuis le mariage, ou si votre conjoint français n’était pas inscrit au registre des Français établis hors de France pendant votre vie commune à l’étranger. La notice officielle rappelle que toutes les conditions doivent être remplies « à la date de la souscription de votre déclaration ». Un dossier déposé quelques semaines trop tôt est refusé. La parade est simple : comptez à partir de la date du mariage, pas de la rencontre ni du PACS, et vérifiez quel délai, quatre ou cinq ans, s’applique à votre situation.
Nationalité française du conjoint non établie
Votre conjoint doit avoir été français au jour du mariage et l’être resté. La notice précise que la copie de sa carte d’identité ou de son passeport « n’est pas suffisante » pour prouver qu’il était français au moment du mariage. Il faut un acte de naissance qui fait apparaître la nationalité, une mention d’acquisition, un décret, une déclaration enregistrée ou un certificat de nationalité française. Le consulat de France à Beyrouth signale que cette preuve mal examinée « peut être un motif principal de rejet » et qu’un certificat de nationalité prend environ six mois : anticipez-le.
Communauté de vie non établie ou rompue
C’est le cœur de la procédure. La loi exige une communauté de vie « tant affective que matérielle » qui n’a pas cessé depuis le mariage. Le refus tombe quand les justificatifs manquent, sont trop récents, ou quand l’enquête et l’entretien font apparaître une séparation. La Cour de cassation a jugé en 2014 que des domiciles distincts pour raisons professionnelles ne rompent pas, à eux seuls, la communauté de vie ; elle a jugé en 2020 que la bigamie d’un époux exclut toute communauté de vie affective, même après vingt ans de vie commune. Préparez des justificatifs aux deux noms sur toute la durée du mariage : les preuves de communauté de vie détaillent ce qui est accepté.
Niveau de français non justifié
Depuis le 1er janvier 2026, le niveau B2 à l’oral et à l’écrit se prouve uniquement par un diplôme français de niveau 3 ou plus (ou le brevet), un diplôme attestant du niveau B2 comme le DELF B2 ou le DALF, ou un test de moins de deux ans évaluant un niveau global B2 sur quatre épreuves, en pratique le TCF IRN ou le TEF IRN. Un DELF B1, une attestation Enic-Naric, un test « tout public » ou un diplôme d’un pays francophone ne sont pas acceptés et conduisent au refus. La seule dispense est médicale, sur certificat conforme au modèle réglementaire. Tout est expliqué dans le justificatif B2.
Casier judiciaire, éloignement et séjour
L’article 21-27 du Code civil ferme la déclaration à la personne condamnée à une peine d’au moins six mois d’emprisonnement sans sursis, ou pour un crime ou un délit portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, sauf réhabilitation ou effacement. Il la ferme aussi à la personne visée par un arrêté d’expulsion non rapporté ou une interdiction du territoire non exécutée, et à celle dont le séjour en France est irrégulier. La fiche service-public exige un titre de séjour en cours de validité pour une déclaration souscrite en France, sauf pour les ressortissants de l’Espace économique européen et de Suisse.
Mariage étranger non transcrit et polygamie
Un mariage célébré à l’étranger doit avoir été transcrit sur les registres de l’état civil français avant le dépôt. Sans transcription, la déclaration est irrecevable. La situation de polygamie, enfin, est à la fois un obstacle à la communauté de vie et un cas légal de défaut d’assimilation.
Attention : un dossier incomplet ne donne pas lieu à un refus d’enregistrement mais à une mise en demeure, puis à un classement sans suite. Cette décision se conteste aussi dans les six mois devant le tribunal judiciaire, et service-public précise qu’elle « ne vous empêche pas de faire une nouvelle déclaration ».
3. L’opposition du Gouvernement (article 21-4)
L’opposition est un décret, pris en Conseil d’État, par lequel le Gouvernement empêche l’acquisition de la nationalité par une personne qui remplit pourtant les conditions légales. Elle doit être prise dans les deux ans suivant le récépissé ou, si vous avez obtenu gain de cause contre un refus d’enregistrement, dans les deux ans suivant la décision de justice devenue définitive. Deux motifs seulement sont admis : l’indignité et le défaut d’assimilation autre que linguistique. Le mot « autre que linguistique » compte : votre niveau de français est contrôlé par le justificatif B2, jamais par l’entretien ni par l’opposition.
La loi donne deux exemples de défaut d’assimilation : la situation effective de polygamie et la condamnation pour violences sur un mineur de quinze ans sur le fondement de l’article 222-9 du Code pénal. La jurisprudence du Conseil d’État en donne d’autres, tous liés aux valeurs essentielles de la République. En 2008, le Conseil d’État a validé une opposition fondée sur « une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française », notamment l’égalité des sexes, malgré une bonne maîtrise du français. En 2013, il a retenu un refus d’accepter les valeurs essentielles de la société française exprimé lors des entretiens. En 2018, il a jugé que le refus de serrer la main du secrétaire général de la préfecture et d’un élu, lors de la cérémonie d’accueil, « dans un lieu et à un moment symboliques », révélait un défaut d’assimilation. En 2020, des propos tenus à la préfecture révélant « un mode de vie caractérisé par une soumission de sa femme » ont justifié l’opposition.
À l’inverse, le Conseil d’État contrôle réellement les motifs. Le 29 mai 2026, il a annulé un décret d’opposition du 25 septembre 2024 parce que le rapport de synthèse de la préfecture et le compte rendu d’entretien ne démontraient pas un rejet des principes essentiels de la République. Avant la signature du décret, les motifs envisagés vous sont communiqués, ce qui vous permet de présenter vos observations.
En cas d’opposition, vous êtes réputé n’avoir jamais acquis la nationalité française, mais les actes passés entre la déclaration et le décret restent valables. En 2024, 63 décrets d’opposition ont été signés pour l’ensemble des déclarations relevant du ministère de l’Intérieur, contre 32 en 2023, d’après le rapport au Parlement « Les étrangers en France 2024 ».
Source officielle : les décisions du Conseil d’État du 11 avril 2018, n° 412462 et du 29 mai 2026, n° 501856 sont consultables sur Légifrance. Le ministère de l’Intérieur confirme que le contentieux des déclarations relève du juge judiciaire, sauf pour les décrets d’opposition qui relèvent du Conseil d’État.
4. La contestation pour fraude ou mensonge (article 26-4)
La contestation de l’enregistrement est une action en justice engagée par le procureur de la République pour faire annuler une déclaration déjà enregistrée. L’article 26-4 du Code civil prévoit deux fenêtres : deux ans à compter de l’enregistrement si les conditions légales n’étaient pas remplies, et deux ans à compter de la découverte d’un mensonge ou d’une fraude. Dans ce second cas, le point de départ est la date à laquelle le parquet compétent a découvert la fraude, comme l’a précisé la Cour de cassation le 28 mai 2014.
La règle qui inquiète le plus les couples est la présomption des douze mois : « La cessation de la communauté de vie entre les époux dans les douze mois suivant l’enregistrement de la déclaration » constitue une présomption de fraude. Trois précisions rassurantes, toutes sourcées. D’abord, c’est une présomption simple : vous pouvez la combattre « par tous moyens », par exemple en prouvant que la séparation a une cause survenue après l’enregistrement. Ensuite, le Conseil constitutionnel a jugé en 2012 que cette présomption ne s’applique que dans les actions engagées dans les deux ans de l’enregistrement ; au-delà, c’est au ministère public de prouver la fraude. Enfin, un divorce intervenu bien après ces délais ne remet pas en cause une nationalité devenue définitive.
Si le tribunal annule l’enregistrement, il constate que vous n’êtes pas français et ordonne la mention de cette décision en marge de votre état civil, comme dans l’affaire de bigamie jugée par la Cour de cassation en 2020. En 2024, la sous-direction de l’accès à la nationalité a saisi le ministère de la Justice de 54 situations de fraude dans les procédures déclaratives. Les conséquences d’une séparation à chaque étape sont développées dans divorce, séparation et nationalité par mariage.
5. Ce qui n’existe pas pour la déclaration : ajournement, RAPO, tribunal administratif
Beaucoup de contenus en ligne mélangent les deux procédures. Pour une déclaration par mariage, trois notions n’existent tout simplement pas. L’ajournement est une décision de l’article 44 du décret 93-1362 par laquelle l’administration reporte une demande de naturalisation en imposant un délai ou des conditions ; aucune disposition équivalente ne vise la déclaration, qui ne peut être qu’enregistrée ou refusée. Le recours administratif préalable obligatoire, dit RAPO, est le recours formé dans les deux mois auprès du ministre avant tout recours contentieux contre un refus de naturalisation ; il n’est pas prévu pour la déclaration. Le tribunal administratif de Nantes est compétent pour les décisions de naturalisation par décret ; pour les déclarations, le ministère de l’Intérieur écrit que le contentieux « relève en matière de déclarations de la compétence du juge judiciaire ».
Si vous lisez un article qui parle de recours préalable auprès du ministre, de recours gracieux ou hiérarchique, ou du tribunal administratif de Nantes, il traite de la naturalisation par décret ; pour la déclaration par mariage, le seul délai de deux mois est celui du recours devant le Conseil d’État contre un décret d’opposition. C’est le cas, par exemple, de l’article du blog Natification Contester un refus de naturalisation en 2026, utile pour les candidats à la naturalisation mais pas pour les conjoints de Français. Le tableau des différences se trouve dans déclaration par mariage ou naturalisation par décret.
6. Contester un refus d’enregistrement : tribunal judiciaire, 6 mois
Contester un refus d’enregistrement consiste à demander au tribunal judiciaire de constater que votre déclaration remplissait les conditions légales à la date de sa souscription, et donc d’ordonner son enregistrement. Le délai est de six mois à compter de la notification de la décision. Le ministère de l’Intérieur indique que ce refus « doit être contesté devant le juge judiciaire compétent où se trouve le lieu de résidence de l’intéressé ». Service-public ajoute : « L’avocat est obligatoire. C’est lui qui se charge de la démarche. » Ce site ne recommande aucun cabinet ; le barreau ou le tribunal de votre lieu de résidence vous orienteront, et l’aide juridictionnelle peut, selon vos ressources, prendre en charge tout ou partie des frais.
Voici les étapes à respecter, dans l’ordre.
- Lisez la décision en entier et notez la date de réception de la lettre recommandée : c’est elle qui fait courir les six mois.
- Identifiez le motif exact (durée, communauté de vie, nationalité du conjoint, langue, casier, séjour, transcription) et rassemblez les pièces qui le contredisent à la date de souscription.
- Consultez un avocat sans attendre, car il doit saisir le tribunal judiciaire avant l’expiration du délai.
- Préparez vos justificatifs de communauté de vie sur toute la période, ainsi que les originaux des actes d’état civil, qui sont les pièces le plus souvent discutées.
- Suivez la procédure jusqu’au jugement : si le tribunal admet votre déclaration, le délai d’opposition de deux ans de l’article 21-4 recommence à courir à compter de la décision définitive.
Un point pratique : contester ne vous empêche pas, en parallèle, de préparer une nouvelle déclaration si la condition manquante peut être remplie rapidement. Les deux voies ne s’excluent pas, et la seconde est souvent plus rapide quand le motif est un justificatif de langue ou une durée de mariage.
7. Contester une opposition du Gouvernement
Le recours contre un décret d’opposition est un recours pour excès de pouvoir porté devant le Conseil d’État, seul compétent. D’après la fiche service-public F2726 et la page du ministère de l’Intérieur sur le contentieux, le délai est de deux mois à compter de la notification du décret et l’avocat est obligatoire. Le Conseil d’État vérifie que les faits reprochés sont établis et qu’ils caractérisent bien une indignité ou un défaut d’assimilation : la décision du 29 mai 2026 montre qu’un décret fondé sur des éléments vagues est annulé.
Avant même le décret, vous recevez la communication des motifs envisagés. C’est le moment de répondre par écrit, de façon précise et factuelle, en apportant les éléments qui contredisent le reproche : attestations, preuves d’engagement dans la vie locale, explications sur des propos mal compris lors de l’entretien. Les décisions du Conseil d’État citées plus haut montrent que ce sont le compte rendu d’entretien et le rapport de synthèse de la préfecture qui pèsent dans la balance. Gardez une copie de tout ce que vous envoyez.
8. Redéposer une déclaration après un refus
Redéposer, c’est souscrire une nouvelle déclaration, avec un nouveau dossier complet, dès que la condition qui manquait est remplie. Pour un classement sans suite, service-public l’écrit en toutes lettres : la décision ne vous empêche pas de faire une nouvelle déclaration. Pour un refus d’enregistrement, aucun texte consulté n’interdit une nouvelle souscription ; les conditions seront appréciées à la date de cette nouvelle souscription. C’est donc la voie naturelle quand le motif était la durée de mariage, un justificatif de langue hors liste ou une preuve de nationalité du conjoint manquante.
Quelques conseils pour le second dossier. Faites établir des actes d’état civil de moins de trois mois et, si nécessaire, un certificat de nationalité française de votre conjoint. Obtenez un justificatif B2 de la liste officielle, en vérifiant que l’attestation de test a moins de deux ans au jour du dépôt. Rassemblez des preuves de communauté de vie sur chaque année de mariage, pas seulement les derniers mois. Achetez un nouveau timbre fiscal de 255 euros au dernier moment, car sa validité est limitée à un an. Enfin, si le refus reposait sur l’entretien, préparez-vous à deux : les questions sur la vie du couple et sur les valeurs de la République reviendront.
Après un décret d’opposition, la situation est différente et les sources officielles consultées ne traitent pas d’une nouvelle déclaration ; faites-vous conseiller avant d’engager quoi que ce soit.
9. Combien de refus ? Les chiffres
Le taux de refus est la part des déclarations qui aboutissent à une décision négative. Pour la seule déclaration par mariage, aucun taux officiel n’est publié. Ce que nous savons vient du rapport au Parlement « Les étrangers en France 2024 » : en 2024, « en matière déclarative, 1 040 décisions de refus d’enregistrement ont été notifiées », 63 décrets d’opposition ont été signés et 54 situations de fraude ont été transmises au ministère de la Justice. Ces chiffres couvrent toutes les déclarations relevant du ministère de l’Intérieur : mariage, mais aussi ascendants et frères et sœurs de Français.
La même année, le ministère a enregistré 15 910 acquisitions à raison du mariage et 2 006 au titre des ascendants et fratries, soit 17 916 enregistrements. Rapporter 1 040 refus à ce total donne environ 5,5 %. Ce pourcentage est un calcul de la rédaction, à lire comme une estimation : les refus notifiés en 2024 peuvent porter sur des dossiers déposés en 2023, et les deux séries ne recouvrent pas exactement les mêmes dossiers. Les oppositions, elles, représentent environ 0,35 % des enregistrements, toujours selon ce calcul. En 2025, les acquisitions par mariage sont remontées à 17 579, en hausse de 10,5 %.
Pour la naturalisation par décret, le projet annuel de performances 2026 prévoit que le B2 et l’examen civique « vont tendre à l’augmentation du taux de décisions défavorables » à partir de 2026, sans publier de pourcentage. Ces chiffres ne s’appliquent pas à la déclaration par mariage, qui n’est pas soumise à l’examen civique. Toutes les séries, année par année, sont réunies dans les statistiques officielles de la nationalité par mariage.
Source officielle : le rapport au Parlement « Les étrangers en France 2024 » est publié sur vie-publique.fr ; les acquisitions 2025 figurent dans la publication du ministère de l’Intérieur L’accès à la nationalité française pour l’année 2025.
10. Prévenir le refus : les erreurs les plus fréquentes
La meilleure défense contre un refus de naturalisation par mariage reste un dossier qui ne laisse aucune condition en doute. Les cinq erreurs qui suivent reviennent dans les refus, les classements sans suite et les décisions de justice citées sur cette page.
La première est de prouver la nationalité du conjoint avec une simple copie de carte d’identité : la notice officielle dit qu’elle « n’est pas suffisante ». La deuxième est de ne fournir des preuves de vie commune que pour les derniers mois, alors que la loi exige une communauté de vie continue depuis le mariage ; les justificatifs aux deux noms sur chaque année font la différence. La troisième est de déposer un justificatif de langue hors liste : DELF B1, attestation Enic-Naric, TCF ou TEF « tout public », diplôme d’un pays francophone. La quatrième est de fournir des actes d’état civil non conformes, établis d’après un livret de famille, datés de plus de trois mois ou non traduits par un traducteur agréé. La cinquième est de ne pas signaler un changement de situation après le dépôt, ou de se contredire à l’entretien sur la rencontre, le logement ou la vie quotidienne : l’attestation sur l’honneur de communauté de vie engage les deux époux.
Pour chaque point, une page vous guide : le dossier et les pièces à fournir, les preuves de communauté de vie et l’entretien de naturalisation par mariage. Pour préparer l’entretien à deux, avec les questions sur le couple et sur les valeurs de la République, le Guide de l’entretien de naturalisation par mariage rassemble les réponses attendues et les pièges à éviter. Vous pouvez aussi consulter le guide des 200 questions de l’entretien de questions-naturalisation.fr, écrit pour les entretiens de naturalisation en général.
Conclusion
Un refus de nationalité par mariage prend toujours l’une de trois formes, et chacune a son juge et son délai : le refus d’enregistrement se conteste devant le tribunal judiciaire dans les six mois, l’opposition du Gouvernement devant le Conseil d’État dans les deux mois, et la contestation du procureur pour fraude se défend devant le tribunal judiciaire, avec une présomption réfragable si la vie commune cesse dans les douze mois. L’ajournement, le recours administratif préalable et le tribunal administratif de Nantes n’ont rien à voir avec votre situation. Dans la grande majorité des cas, le motif du refus est une condition de la loi que vous pouvez remplir, puis prouver, avant de souscrire une nouvelle déclaration. Lisez la décision, respectez le délai, et préparez le dossier suivant comme si c’était le premier.
Questions fréquentes
Quels sont les motifs de refus de la nationalité par mariage ?
Quel délai pour contester un refus d'enregistrement ?
Existe-t-il un ajournement pour la nationalité par mariage ?
Qu'est-ce que l'opposition du Gouvernement ?
Un divorce dans l'année qui suit peut-il annuler la nationalité ?
Faut-il un avocat pour contester un refus de nationalité par mariage ?
Peut-on redéposer après un refus ?
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Sources officielles
- Code civil, articles 26 à 26-5 : déclarations de nationalité, refus d'enregistrement, contestation (Légifrance)
- Code civil, articles 21-1 à 21-6 : acquisition à raison du mariage et opposition du Gouvernement (Légifrance)
- Décret n° 93-1362, articles 14 et 15 : déclarations à raison du mariage, mise en demeure et classement sans suite (Légifrance)
- Nationalité française par mariage, fiche F2726 (service-public.gouv.fr)
- Le contentieux de l'accès à la nationalité française (ministère de l'Intérieur)
- Conseil d'État, 11 avril 2018, n° 412462 : opposition pour défaut d'assimilation (Légifrance)
- Conseil d'État, 29 mai 2026, n° 501856 : annulation d'un décret d'opposition (Légifrance)
- Les étrangers en France 2024, rapport au Parlement, chiffres des refus et oppositions (vie-publique.fr)
Informations générales fondées sur les textes officiels en vigueur à la date de mise à jour. Elles ne remplacent pas l'examen de votre situation par l'administration compétente. Naturalisation Mariage est un site indépendant édité par Natification.